La place du zébu à Madagascar, entre traditions, rites et histoires

Vous pourriez être étonné de voir en pleine ville, un homme arpenter fièrement les rues, côte à côte avec un zébu tout en provoquant un embouteillage monstre sans que personne n’en offusque. C’est chose courante à Madagascar.
Zebu : Moyen de locomotion à nosy be
Sommaire

Dans la vie rurale comme dans la vie citadine, le « omby » ou zébu est un symbole de richesse et de prospérité pour les malagasys. Mais c’est aussi une place bien plus complexe et aille bien au-delà de la simple possession matérielle. Les traditions (Famadihana), les rites (mariage, remise de dot, etc.), les institutions, vous le trouverez où que vous alliez à Madagascar.

Les origines du zébu à Madagascar

La faune des Hautes Terres
 La faune des Hautes Terres

Par manque de source écrite, l’origine du zébu de Madagascar reste floue. Mais ce qui est sûr, c’est que cet animal existait bien avant le XVIe, puisque c’est à cette époque que le roi Ralambo, souverain de l’Imerina (actuel Antananarivo) a initié la consommation de la viande de zébu.

L’histoire raconte que le nom « omby » (zébu), vient du fait que lorsque Ralambo introduisit un troupeau de zébu sauvage dans un parc à bœufs, il demanda à ses valets si les zébus pouvaient tous entrer. Les valets s’écrièrent alors « omby e », voulant dire que le parc peut accueillir le bétail. Et le nom « omby » fut adopté pour désigner les zébus.

Zébu à Madagascar
https://www.madonline.com/forte-pression-sur-le-cheptel-bovin/

D’autres soutiennent la thèse que le mot vient du dialecte africain « angumbe » signifiant bœuf. Cette prononciation est plus proche des mots « aombe » et « agnomby », utilisés dans le Sud et le sud-est de Madagascar.

Des fouilles archéologiques effectuées à Andramasina Ambohimanana ont montré que les ancêtres de l’« omby » étaient de petite taille et n’avaient pas de bosses.  C’est au fil des échanges avec les pays africains et asiatiques que la race que nous connaissons actuellement s’est fait son chemin pour devenir la norme dans les fermes malagasy.

Les Barea

Zébu baréa à Madagascar
Malagasy ve ianao

Les barea sont des zébus laissés à l’état sauvage, difficile à dompter et à apprivoiser. Vous pouvez les voir dans le sud-ouest de Madagascar. Ce nom, choisi avec stratégie, est à l’origine de l’unité et du support infaillible du peuple malagasy pour l’équipe national de foot ball.

Zébu à Madagascar
ALEFA BAREA : Andry Rajoelina et des supporters de Barea s’envoleront pour l’Égypte

La place du zébu dans la culture Malagasy

Richesse pour les paysans

Zébu à Madagascar
Aiza io o! – ambohimanarina blog

Dans les hautes terres centrales comme dans les régions côtières, le  « omby » est le placement par excellence pour les paysans. En effet, au lieu de résider dans des logis aux commodités confortables ou de placer l’argent à la banque, certaines familles préfèrent investir dans l’élevage de zébus. Un zébu coûte au minimum 2 000 000 d’ariary, le salaire moyen d’une année de travail.

Chez les Antandroy (tribu de pasteurs) et les Bara (tribu guerrière), le statut social d’un individu ou d’une famille est proportionnel aux nombres de zébu qui composent son cheptel. Aussi, celui qui possède beaucoup de zébus peut imposer sa voix dans les réunions.

Il existe un dicton Antanosy (tribu issu de Fort-Dauphin) qui témoigne de ce propos : « tsy indroa mamatoky e tsy manan’aomby ». Littéralement, cela veut dire « que celui qui n’a pas de bœuf n’a pas à dire deux fois (haut et fort) qu’il va partir ».   Autrement dit,  son départ n’a pas d’importance.

Toutes les institutions malagasy reflètent cette importance du zébu. D’ailleurs, les anciennes pièces de monnaie malagasy comportaient des têtes de zébus. C’est le cas de l’Iraimbilanja (1 franc), venty sy kirobo (2 francs), ariary (1 Ar ou 5 francs), ariary roa (2 Ar), Ariary 4 (4 Ar).

Zébu à Madagascar

Signe d’honneur et de respect

Zébu Madagascar
omby volavita

À Madagascar, se séparer d’un zébu, c’est se séparer de son bien le plus précieux. Aussi, recevoir un omby de la part de quelqu’un est le plus grand des honneurs.

Un malagasy offre un zébu à celui à qui il a une grande considération, à sa belle-famille par exemple. D’ailleurs, dans la plupart des régions côtières, le zébu fait partie des dots offertes par le prétendant aux parents de sa dulcinée.

Pour asseoir leur emprise sur leurs sujets à travers cette considération du zébu, les rois Merina ont ordonné que les omby volavita (zébu à tête blanche et à robe noire et blanche) leur appartiennent d’office.

Alamahady 1 – Nouvel An malgache

Les dirigeants Malagasy (Président de la République, ministres, haut-fonctionnaires…) continuent à respecter cette tradition vouée à l’omby. Là-dessus, lorsqu’ils ont quelques choses d’important à faire ou à demander à la population, ils offrent des zébus à immoler. Les viandes seront partagées à l’assistance pour constituer le fameux « nofon-kena mitam-pihavanana » (viande qui consolide le lien du fihavanana).  Fihavanana signifie amitié et fraternité

Animal présent dans tous les rituels

Zébu à Madagascar
Famadihana – Retournement des morts à Madagascar

Durant les cérémonies de Joro (demande de bénédiction aux ancêtres), un rituel pratiqué dans le Nord-ouest et le Nord, de nombreux zébus mâles sont sacrifiés. A Madagascar, il est interdit (tabou ou fady) de tuer une vache.

Dans les hautes terres centrales, des zébus sont tués et servis à tout le village pendant la cérémonie du Famadihana (exhumation ou retournement de mort). Une coutume encore pratiquée de nos jours pour honorer les ancêtres dans certaines régions.

Dans le Sud et le Sud-est, le zébu est utilisé pour laver un tort ou un affront. Quand le membre d’un clan a par exemple blessé ou tué un membre d’un autre clan, celui du clan fautif doit offrir des zébus à la famille de la victime. Tout cela doit être discuté devant une sorte de tribunal populaire. C’est aussi le cas lorsqu’un individu a transgressé un tabou (nanota fady). Il doit offrir des zébus en sacrifice pour se faire pardonner et ne pas attirer les mauvais sorts sur lui et sa famille.

Vu leur coutume, on peut dire que les Antadroy élèvent uniquement des zébus pour leur pratique funéraire. En effet, lorsqu’un père de famille est décédé, on tue tout ou une grosse partie de son troupeau. Les veillées funèbres durent aussi longtemps qu’il y a encore des bœufs à tuer. Les têtes des animaux abattus vont orner le kibory (tombeau) du défunt. Au final, ses enfants sont obligés de repartir de zéro pour constituer leur propre cheptel.

Le vol de zébu dans la société malgache

La tradition Bara veut que les jeunes hommes en âge de se marier volent les zébus des autres clans pour prouver leur force et leur valeur. C’est une fois ce rite accompli qu’ils seront admis comme de vrais hommes. Mais au fil des ans, la ligne qui sépare les coutumes des actes de banditisme s’amincit.

Ce qui était une simple pratique coutumière est devenu une véritable razzia. Les Baras « extrémiste » se sont regroupés en groupe de dahalos (voleurs de bétails) qui sont de redoutables bandes organisées volant, violant et massacrant tout sur le passage.

Zébu à Madagascar
Tatsimo: Les vols de zébus à Madagascar, un phénomène ancien et meurtrier

En 2009, la détresse et les cris des gens du Sud sont arrivés dans les murs du palais présidentiel. S’ensuivent alors des décisions d’envoyer des milliers de militaires dans le sud pour intervenir dans plusieurs régions : Betroka, Amboasary, Ankazoabo, Ambovombe, etc. Les affrontements entre les dahalo et les militaires continuent jusqu’à présent.

Si nous avons commencé à vous faire peur sur ce sujet, sachez qu’avec un guide aguerri, vous pouvez visiter l’île en toute sécurité. Les actes de banditisme ne touchent pas tout Madagascar, seulement les régions rurales et éloignées. Qui plus est, le tourisme est loin d’être concerné par les affrontements entre dahalo et militaires.

L’art funéraire des Mahafaly

Zébu à Madagascar
L’art funéraire,tombeau du sud,

Les Mahafaly (tribu du Sud-ouest), se démarquent par leurs Aloalo, totems de bois sculptés ornant les tombeaux et retraçant la vie d’un défunt. Une sculpture de zébu surmonte ces totems. Les têtes de zébus sont également mises au pied de ces Aloalo.

L’utilisation du zébu dans la vie de tous les jours

Un dicton malagasy dit « Tsy misy very ny omby », traduit par, on ne jette rien dans le zébu. Et c’est vrai,  dans l’agriculture, le transport et l’artisanat, le zébu est extrêmement sollicité. 

Agriculture

Voyage route zébu madagascar

Nous sommes au 21e siècle, mais dans un pays où 85 % de la population sont paysans (ou du moins, vivent en milieu rural), les zébus tiennent toujours leur place dans l’agriculture. Les zébus castrés servent à tirer la charrue et la herse (outil pour désherber). Les excréments de troupeau, récoltés dans les vala (parc à zébu) font office d’engrais pour diverses cultures (potagers, cultures de céréales, etc.).

Transport

Source : Charrette à zébus (oiseau-libre.net)

Même à Manjakandriana, à peine 50 km de la capitale, les charrettes tirées par les zébus sont toujours utilisées pour acheminer les cargaisons de charbons et de bois de chauffes vers Antananarivo. Ces combustibles sont utilisés par la majorité des foyers malagasy.

À Amboasary Sud (province de Tuléar) où il faut parcourir des dizaines de kilomètres pour puiser l’eau, la charrette est également incontournable. Elle sert aussi à transporter les produits agricoles à vendre au marché, et à ramener en retour les denrées achetées (pétrole, savon, etc.).

Viande

 L’alimentation à Madagascar (madascope.com)

La viande de zébu est la viande la plus consommée dans la Grande Île. On estime la consommation moyenne à 30 kg/personne/an.

Produits laitiers

L’introduction des espèces bovines européennes à Madagascar par les Norvégiens a contribué à l’exploitation de la filière laitière à Madagascar. Actuellement, le yaourt et le fromage artisanaux se répandent un peu partout.

Les produits dérivés

De la tête aux pieds, le zébu trouve son utilité dans la vie des Malagasy.

La peau

La peau est exploitée en tannerie.  Les artisans s’en servent ensuite pour confectionner des sandales, des ceintures et d’autres accessoires comme les portefeuilles. La peau est également utilisée pour la fabrication de tambours.

Les cornes

Zébu à Madagascar
Artisanat : les cornes de zébu se raréfient en raison des exportations

Les cornes sont utilisées pour fabriquer des peignes, accessoires de décoration, des manches de couteau, etc. Une corne évidée sert de réceptacles pour les charmes et les gris-gris utilisés à des fins malveillantes ou bienveillantes. On les appelle alors « mohara » ou « fitoeran’ody » (étui à gris-gris).

Les os

Les os sont également taillés et sculptés pour fabriquer des outils. Dans l’est de Madagascar, une baguette longue et fine servait à séparer les mèches de cheveux des femmes et des jeunes filles pour la tresse.

Le ranomena

C’est une sorte de remède de grand-mère fabriqué avec de la poudre d’os brûlés à laquelle on ajoute du liquide. Des hommes et des femmes, avec de gros sacs en raphia derrière le dos font du porte-à-porte, ils demandent aux familles s’il reste des os. Les enfants ne sont plus étonnés de les voir. Ils frappent aux portes comme le facteur ou le livreur. Derrière leurs habits sales et déchirés, ils se voient comme des personnes servant une noble cause : la fabrication de ce remède miracle.

Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, dans le canal d’Andriatany, réservé à l’évacuation des eaux usées de la capitale, une eau verdâtre, des hommes font de la plongée. Pas pour des poissons ou pour déboucher le canal, ils sont là pour les os de zébu. L’objectif reste le même : gagner un peu d’argent dans la vente d’os.

Les graisses (menak’omby)

Elles sont utilisées comme onguent dans la puériculture et l’entretien des cheveux. Elles sont utilisées également pour réaliser des bougies de suif.

Le menak’omby est une graisse obtenue à base de la cuisson du jabora (la partie grasse du bœuf). Si vous pouvez voir le menak’omby en vente libre dans le milieu de la médecine traditionnelle, vous pourriez également entendre un pédiatre malagasy prescrire cette huile pour soulager les crises nocturnes du bébé. 

La queue du Zébu

La queue du zébu est préparée avec des haricots blancs pour donner une spécialité locale : « Tsaramaso sy rambon’omby ». Elle est également cuite avec des légumes pour donner la fameuse « lasopy légume » .Aussi, elle sert à fabriquer de belles cravaches en cuir.

Malagasyveianao

En visitant Madagascar, vous partez à la rencontre d’une magnifique île. Au-delà de ces décors, c’est aussi la découverte de coutumes et traditions. S’il est parfois difficile de comprendre l’attachement de ce peuple pour le zébu, écoutez les récits de ces gens et laissez-vous influencer par la façon dont ils voient et perçoivent le monde.

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